Bonnes fêtes tamoules de janvier

28/09/2022 Par acomputer 463 Vues

Bonnes fêtes tamoules de janvier

Après un long carême de18 jours pendant le mois de décembre pour s’achever avec la fête populaire et époustouflante de « Timidi » (thimithi), la marche sur le feu, la communauté tamoule entame trois autres célébrations dans ce mois pluvieux de janvier 2022. Ce sont la fête du « Pongol » le 14, le « Thiruvalluvar Thinai » (le jour de Tirouvallouvar) le 15 et finalement le 18 avec la grande fête religieuse et spirituelle de « Thaï-Poûsam Kâvadi ».

Le Pongal (aussi appelé Pongol) est aussi connu sous le nom de « Tamizhar Thirunal ». La fête a lieu généralement le 14 ou le 15 janvier du calendrier (pondjangam) tamoul. Un proverbe tamoul dit « Thai Pirandhal Vazhi Pirakkum », soit la naissance du mois de Thaï (mi-janvier à mi-février) pave la route à de nouvelles opportunités. Le Pongal, c’est la fête de la moisson dans le Tamil Nadu, au sud de l’Inde, où la majorité des engagés indiens tamouls sortaient pour venir à La Réunion sur les champs de canne à sucre.

Pongal, le plus populaire des rites dravidiens, est un « bouillonnement », un symbole de vie et de fertilité, un remerciement à cette énergie divine dans laquelle se sont fondus les ancêtres des Tamouls, depuis des millénaires. Cette fête est célébrée en l’honneur du Soleil (Suryen). Elle marque le passage du soleil dans l’hémisphère nord au solstice d’hiver. La fête dure quatre jours.

Au cours du premier jour,« Bhogi », les vieux tissus et vêtements sont jetés et brûlés, marquant le début d’une nouvelle vie. Le deuxième jour,« Perum », le jour du Pongal, on met à bouillir du riz avec du lait frais et de la mélasse ou du sucre brun, tôt le matin, en laissant le mélange déborder, ce qui explique le nom de la fête. Les gens crient « Pongalo, Pongal » et préparent des « pal-sadam » (des desserts) pour partager. Ils rendent visite à la famille et échangent des vœux.

Le troisième jour, « Mattu Pongal » est destiné à rendre grâce aux vaches et aux buffles, car la légende dit que le bétail accepta d’aider l’homme à labourer les champs, à la seule condition d’être fêté et honoré une fois par an. Une preuve de dévotion est demandée, où l’on demande à des dévots de Shiva de maîtriser sa monture sauvage, à main nue et à leurs risques et périls, le véhicule du dieu Shiva étant le taureau (Nandi), pratique appelée « JalliKattu ».

Le dernier jour du Pongal s’appelle « Kanum Pongal »,« Kanum » signifiant à voir, les jeunes gens se réunissaient sur les rives des rivières pour y chercher un futur conjoint, une pratique qui est tombée en désuétude avec le changement des mœurs. Durant cette période, les gens consomment la canne à sucre et décorent leur maison des « kolam » (dessins). Dans les temples (kovils), les cloches, les tambours, les clarinettes et les coquilles de conques annoncent la joyeuse occasion du Pongal.

Bonnes fêtes tamoules de janvier

Le Pongal permet de garder le lien avec la nature écologique qui nous entoure et d’éviter de croire que l’homme est le centre de l’univers. Les Tamouls hindous remercient le Divin présent dans le soleil et la pluie pour la bonne récolte de l’année. La récolte est le résultat d’une action antérieure ; la mise en terre des graines pour récolter des bons fruits. Cette fête est aussi spirituelle par la reconnaissance de la présence divine en tout, surtout dans la lumière, la chaleur et l’eau : les trois éléments fondamentaux de la vie.

L’autre évènement de ce mois pour les Tamouls est la célébration du « Thiruvalluvar Thinai », le jour de Thirouvallouvar. Thiruvalluvar, grand poète et philosophe tamoule, est connu pour le « Thirukkural », précieuse contribution à la littérature tamoule ancienne. C’est connu comme la bible des Tamouls. À travers un ensemble de 1 330 maximes, il livre sa vision de l’art de vivre des Tamouls au début de notre ère, en s’appuyant sur trois objectifs majeurs de la vie : la sagesse, la fortune et l’amour.

L’ouvrage reconnu pour sa portée universelle a été traduit dans presque toutes les langues. C’est un recueil de réflexions philosophiques de 133 chapitres comprenant 10 versets (kural) et organisé en trois grandes parties : l’Arattuppal (la vertu), le Porutpal (la fortune) et le kamattupal (l’amour). Il livre des conseils pour une vie harmonieuse et saine.

Il propose des « Yamas » (les restrictions) et des « Niyamas » (les pratiques). Les Yamas sont : évite toute violence, même par la pensée ; ne vole pas, ne convoite pas ; maîtrise tes désirs ; renonce à la luxure et à l’avidité ; restreins l’arrogance et la colère ; ne te livre pas aux mensonges, aux fausses promesses, et à l’abus de confiance ; abstiens-toi de l’injustice et de l’ivresse et finalement abandonne sur le champ toute tendance immorale et mauvaise fréquentation.

Les Niyamas sont les pratiques suivantes : cultive la pureté par la pensée, la parole et l’action ; aime ton prochain ; recherche la tranquillité et la satisfaction ; cultive la piété par la dévotion et la méditation quotidiennes ; sois indulgent et constant dans l’adversité ; donne la dîme, sois généreux et désintéressé ; lis et relis les Saintes Ecritures et finalement adonne-toi de temps à autre à la pénitence, à l’austérité et au sacrifice. Cette bible des Tamouls est appelée une « pomme d’or dans un filet d’argent ».

La dernière célébration tamoule de ce mois est le « Thaï-Paûsam » Kâvadi qui est fêté du 9 au 18 janvier. Cette fête religieuse haute en couleur consiste à se purifier, les fervents se transpercent différentes parties du corps à l’aide d’aiguilles sacrées. Cette fête est dédiée à Mourouga chef des armées célestes, divinité de la jeunesse et de la guerre. Fils de Shiva et Parvati et frère de Ganesh, Mourouga a reçu son « Shakti Vel », la lance sacrée de sa mère pour anéantir le démon Surapadman. Il est monté sur un paon (le vahana |– son véhicule), destructeur de serpents (les attachements corporels) et brandit son Vel, la lance dont les trois parties (tige, partie large du fer et pointe) sont la puissance, l’intelligence et la victoire respectivement.

On vénère Mourouga avec éclat à l’occasion du Kâvadi car il est l’enfant divin, d’amour, de compassion et de sagesse. Grâce à son Vel et son esprit, les Tamouls disent qu’il procure la force, les moyens de subsistance, la protection et aide l’homme à atteindre le succès en effaçant sa nature arrogante. Le Seigneur Mourouga symbolise l’aspiration éternellement revivifiée et juvénile du soi transmigrant et incarné (jivâtma) à s’unir indissolublement avec le soi suprême (Paramâtma).

Mourouga évoque le fardeau de nos fautes, leur rédemption, la victoire du Bien sûr le mal, la connaissance sur l’ignorance et la lumière sur les ténèbres. Les aiguilles d’argent, plantées dans la langue et la bouche, matérialisent le vœu de silence et sont censées favoriser la circulation de l’énergie solaire.

On est émerveillée par la beauté des tissus roses, des chars fleuris, mais aussi la ferveur des pénitents qui est empreinte d’émotion, par les douleurs offertes, les valeurs humaines partagées et le sacré y sont respectés car il faut comprendre la quintessence de cette culture, le message de tolérance.

Bonnes fêtes tamoules du mois de janvier !

Pour terminer, on peut citer Thiruvalluvar :

1. Verset 242 :« Marche dans la bonne voie et pratique la bienveillance quel que soit le point de vue d’où tu la considères, elle est ton seul salut. »

2. Verset 267 : « L’or, plus il est chauffé, plus il brille, de même, les rigueurs des austérités font briller l’âme des pénitents .»

Gady V. Moonesawmy Saint-Denis