“Je ne dors pas, j’aime travailler” : rencontre avec Tom Ford pour la sortie de son deuxième livre

“Je ne dors pas, j’aime travailler” : rencontre avec Tom Ford pour la sortie de son deuxième livre
24/01/2023 Par acomputer 89 Vues

“Je ne dors pas, j’aime travailler” : rencontre avec Tom Ford pour la sortie de son deuxième livre

Dans un premier livre, Tom Ford 001, Tom Ford revenait sur son travail révolutionnaire pour Gucci et Yves Saint Laurent, capturant au vol l’hédonisme de la décennie 1994-2004. Ce mois-ci paraît un second volume, Tom Ford 002, où le créateur évoque les nombreuses vies qu’il a vécues : celle d’un mari, celle d’un père, mais aussi celle d’un artiste visionnaire, reconnu par le monde du cinéma en tant que réalisateur, avant son come-back fracassant dans le milieu de la mode et de la beauté, via la maison qui porte son nom. Hamish Bowles, l'editor-at-large européen de Vogue US, a discuté avec Tom Ford de ce que Karl Lagerfeld lui a appris, du fait d'être cité dans une chanson de Jay-Z, et de bien d’autres choses.“Je ne dors pas, j’aime travailler” : rencontre avec Tom Ford pour la sortie de son deuxième livre “Je ne dors pas, j’aime travailler” : rencontre avec Tom Ford pour la sortie de son deuxième livre

Rencontre entre Hamish Bowles et Tom Ford

Tom Ford. C’est un honneur de vous recevoir.

Hamish Bowles. Je vous en prie. Tout l’honneur est pour moi.

T.F. Comment allez-vous ?

“Je ne dors pas, j’aime travailler” : rencontre avec Tom Ford pour la sortie de son deuxième livre

H.B. Pas mal. Je vais bien. Et vous-même ?

T.F. Oh, plutôt bien. J’ai des bons et des mauvais jours. C’est plus facile quand je travaille, puisque ça m’évite de trop penser au reste. Vous voyez ce que je veux dire.

H.B. Je dois avouer que la lecture de votre livre a été exaltante.

T.F. Merci. Lorsque je l’ai montré à Richard (Buckley, le mari de Tom Ford, décédé le mois dernier, Ndlr), il s’est contenté de me dire, très sèchement : “Eh bien, pas mal d’eau a coulé sous les ponts.” Puis il s’est retourné et il a quitté la pièce. Ça a été son seul commentaire.

H.B. C’est étrange, car je suppose qu’à bien des égards, ce livre est un complément évident du premier, paru en 2004, une année cataclysmique pour vous. C'est cette année-là que vous avez quitté le groupe Gucci. Aujourd’hui, que vous inspire ce premier livre ?

T.F. Je voulais le poursuivre en conservant ce format chronologique. Je dirais que la mode évolue de cette façon, chaque saison, aussi bien en réaction à la saison précédente qu’au moment où vous en êtes en tant que designer : ce vous vivez, ce que vous faites, la teneur de vos expériences. Tom Ford 001 était donc le premier chapitre ; celui-là le deuxième et j'ai hâte de vivre le troisième. Lorsque j’ai commencé ce livre, j’allais avoir 60 ans et mon entreprise en avait à peu près quinze. Quinze ans, soixante ans : un moment idéal pour regarder en arrière. Ce qui est intéressant car dans la mode nous prenons rarement le temps de le faire. Nous passons notre temps à nous inquiéter de la suite. Nous ne faisons que nous demander “bon, et maintenant ?” Par exemple, je n’ai jamais revu A Single Man depuis que je l’ai réalisé. Je l’ai regardé des milliards de fois durant le montage, j’ai assisté à toutes ses avant-premières et puis c’est tout. Je ne l’ai plus visionné à nouveau. Idem pour Nocturnal Animals. Idem pour la mode. Je regarde rarement en arrière. Face à des photos de famille, on se dit immédiatement : “Oh mon Dieu, oui : je me souviens. Je me souviens de qui j’étais, de ce que je faisais, de ce que je pensais. Je me rappelle de telle musique, de tel défilé, de telle ville où j’habitais.” C’était d’autant plus cathartique et étrange que Richard a décidé de nous quitter à ce moment précis. À bien des égards, personnels comme professionnels, c’était réellement la fin d’un chapitre – la fin d’une période de ma vie.

H.B. Maintenant que vous regardez en arrière, êtes-vous surpris par certaines choses qui sont arrivées durant cette période ?